Par Thomas J. Chenard, 21 Février, 2025 – Histoire Locale vol. 1, no. 1

Presque chaque goutte d’eau qui touche la terre doit trouver son chemin jusqu’à l’océan, mais avez-vous jamais arrêté pour voir dans quelle direction l’eau s’écoule?

Cette pensée m’a frappée pour la première fois pendant que j’apprenais à conduire, mon frère aîné insistant pour que nous restions sur le gravier pour commencer. Le système de routes de rangs et de townships rendait la majorité du trajet plutôt monotone, mais un segment m’a particulièrement captivée : là où le chemin de township 772 serpente autour du Ruisseau au Jargeau. C’est à partir de ce moment que je me suis mise à monter dans ma voiture pour soulever la poussière et mieux comprendre comment l’humanité a su conqui les désirs du cours de l’eau.

Creusant la terre, les nombreux ruisseaux du district municipal de Smoky River No. 130 ont servi à la fois de berceau au développement de colonies empreintes de symbologie religieuse et à la frustration des fermiers qui ont soudain appris qu’une partie de leurs terrains avait été érodée. Les innombrables barrages, fossés et drainages construits au fil des ans ont occupé la municipalité juste après l’entretien des routes, les deux voies se chevauchant sous la forme de 135 ponts et de centaines de ponceaux. L’histoire locale ne se rattache pas accidentellement à ces ruisseaux : elle en est au contraire informée. La géographie humaine, l’étude de la manière dont la géographie, l’action humaine et la culture s’influencent mutuellement, peut être appliquée au niveau micro-historique pour nous aider à mieux connaître nos communautés, en nous amenant à réfléchir à quelque chose que nous traversons constamment et peut-être à mieux l’apprécier.

Hunting Creek - Ruisseau de la Chasse

  • Bouche – Rivière Boucane à 55°49’02.3″N 117°31’53.3″W
  • Source – Canal Winagami à 55°45’07.7″N 117°16’24.4″W
  • GNBC – Nom anglais est officiel depuis 1948-02-06
  1. Vue sur Hunting Creek depuis le plateau nord (Juin 2024).
  2. Hunting Creek après avoir reçu les eaux du Ruisseau Lalby, à l’est du chemin de rang 255 (Déc. 2023).
  3. Embouchure de Hunting Creek en saison sèche (Juin 2024).
  4. Hunting Creek dans son état germinal à l’ouest de AB 744 (Nov. 2023).

Hunting Creek (rarement Ruisseau de la Chasse) fut le berceau de l’établissement des premiers pionniers de Girouxville. Il est encore aujourd’hui densément sillonné de sentiers de gibier près de sa confluence, servant de corridor essentiel aux cerfs. Affluent de la Rivière Boucane, il traverse environ 35 km dans le district municipal de Smoky River. Il prend forme au nord de Dreau, alimenté principalement par le canal du Lac Rond, et secondairement par le drainage Bremont. En amont, on trouve plusieurs marais à foin là où le ruisseau s’élargit, et il creuse graduellement un ravin qui atteint plus de 120 pieds de profondeur près de son embouchure. On l’a autrefois appelé de manière familière Le Crique [à] Remillard, en référence au pionnier Rémi Remillard (1848–1921) et à ses descendants, qui se sont établis sur ses rives.¹

En 1909, W. Selby décrit Hunting Creek comme ayant un bon flux, sauf en août. C’est la première fois que ce nom est mentionné, et il est probablement lié au commentaire de Selby selon lequel les townships traversés par le ruisseau abondent en animaux sauvages : « Orignaux, ours et quelques petits animaux à fourrure y sont abattus chaque année. » En 1913, C. D. Brown, lors de son arpentage, considérait Hunting Creek (non nommé explicitement) comme un affluent de Racing Creek, qu’il décrit comme coulant « en direction ouest dans la partie nord des sections 21, 20 et 19 et dans la partie sud des sections 28, 29 et 30 » du township 78, rang 22, à l’ouest du cinquième méridien. Cette description inclut les portions inférieures de Hunting Creek ainsi que l’intégralité de Lalby Creek.² Les cartes gouvernementales ultérieures détermineront que Racing Creek commence à la confluence des ruisseaux Hunting et Lalby.

Lalby Creek - Ruisseau Lalby

  • Bouche – Hunting Creek à 55°46’46.9″N 117°22’22.0″W
  • Source – Lac Magloire à 55°52’08.0″N 117°11’05.6″W
  • GNBC – Nom anglais est officiel depuis 1948-02-06
  1. Source du Ruisseau Lalby, entourée de marais à foin (Avril 2024).
  2. Déversoir du drainage Guenette (Avril 2024).
  3. Le long des berges du ruisseau Lalby se trouvait un important sentier de portage facilitant les déplacements entre Girouxville et le Lac Magloire, notamment pour la charroyage de glace en hiver. On voit ici des portions des cantons T78-R22-O5, T79-R22-O5 et T79-R21-O5.
  4. F. Lalby, homonyme du ruisseau, photographié pendant la Première Guerre mondiale (1914–1918).

Principal affluent de Hunting Creek, le Ruisseau Lalby parcourt environ 25 km depuis le Lac Magloire jusqu’à son embouchure. Un déversoir régule l’écoulement du lac, après quoi la partie supérieure du ruisseau est détournée par un fossé appelé drainage Guenette. Il reçoit les eaux du drainage Boisvert à l’est du chemin de rang 220, alors qu’il commence à creuser un ravin peu profond. Le ruisseau tire son nom du colon Robert François Lalby (1889–?), originaire de Bordeaux, qui retourna servir dans l’armée française pendant la Première Guerre mondiale. Il établit son homestead au NO-S36-T78-R22-O5 en 1914, devenant ainsi le deuxième colon à s’installer sur les rives du ruisseau, après Charles et Paul Bourgeois. Lui et son épouse, Suzanne (née Bonnamour), sont retournés en France en 1936.

Elle a été identifiée pour la première fois sous le nom de Reed Creek par H. W. Selby en 1909, en référence à sa source (appelée Reed Lake avant l’arrivée de la colonisation francophone), puis reconnue par le surveyor C. D. Brown en 1913 comme se rendant jusqu’à la Rivière Boucane sous le nom de Racing Creek.

Peavine Creek - Ruisseau au Jargeau

  • Bouche – Petite Rivière Boucane à 55°35’31.0″N 117°21’11.0″W
  • Sources – Branche Nord (Gervais) à 55°38’09.0″N 116°53’53.9″W; Branche Sud à 55°38’08.8″N 117°00’28.8″W
  • GNBC – Nom anglais est officiel depuis 1948-02-06
  1. Accumulation des eaux du Ruisseau au Jargeau après la confluence de ses deux branches (Juil. 2024).
  2. Source de la branche nord, drainant un maskeg à l’angle du chemin de rang 194 et du chemin de township 770 (Juil. 2024).
  3. Source de la branche sud, drainant des collines doucement ondulées au sud du chemin de township 770, modifiée par enrochement et ponceau (Juil. 2024).
  4. Inondation du ruisseau sur la propriété de Philias Maisonneuve, phénomène fréquent avant l’installation de systèmes de drainage adéquats (1935).
  5. Déversoir construit par Philias Maisonneuve pour prévenir les inondations (1930s).
  6. Exemple de marécage en bordure du ruisseau près de son embouchure (Août 2023).

Le Ruisseau au Jargeau parcourt environ 40 km depuis sa source sud et plus de 50 km depuis sa source nord, située dans les hauteurs au sud de Donnelly et McLennan. La branche nord est en grande partie détournée par le drainage Gervais, tandis que la branche sud conserve sa forme d’origine. Les deux branches se rejoignent à l’ouest du chemin de rang 205, puis le ruisseau s’écoule sur 8 km à travers le drainage Peavine, où il rencontre la section non détournée du Ruisseau Lac Rond. Cette confluence double le flux du ruisseau Peavine. Celui-ci commence alors à serpenter fréquemment avant de creuser une coulée boisée qui se jette dans la Petite Rivière Boucane, à 2,5 km au sud-est du pont Bleu.

En 1910, H. Smith note que le terrain à l’ouest du ruisseau, dans le township 76, rang 21, à l’ouest du cinquième méridien, est « abondamment couvert de gesse et de vesce — un lieu de pâturage privilégié pour les chevaux et le gros gibier », ce qui indique que le nom anglais du ruisseau, Peavine Creek, viendrait du nom commun de Vicia americana.³ Le nom français Ruisseau (ou plus rarement Rivière) au Jargeau, qu’on retrouve dans des ouvrages historiques comme les mémoires de Jean Pariseau, est en fait une erreur, jargeau désignant précisément Vicia cracca, une espèce non indigène.⁴

Malgré un apport en eau limité, le ruisseau Peavine a acquis une importance culturelle marquée en tant que berceau du peuplement. Cela a permis à son nom de prévaloir sur celui de la Ruisseau Lac Rond, à un point tel que la distinction s’est même perdue sur les cartes municipales modernes. Son influence culturelle se reflète dans la traduction anglaise du premier livre d’histoire de Falher et Donnelly, Leurs rêves, nos mémoires, intitulé By the Peavine, in the Smoky, of the Peace. Ce récit s’appuie notamment sur les mémoires d’Ovila Sabourin, où le père Jean-Baptiste Giroux est comparé à Moïse, menant son peuple vers une terre promise, en ce cas les berges du ruisseau. Il était accompagné d’un guide métis nommé Pailloux, qui leur parla d’une rivière à l’ouest du campement. Les pères Giroux et Falher partirent à cheval pour en faire l’exploration : ils découvrirent non pas une rivière, mais un simple ruisseau. Selon le récit, c’est sur les rives du Ruisseau au Jargeau que le groupe consomma son premier repas, un ours tiré par Fred Brulotte. À la confluence des deux branches du ruisseau se trouve aujourd’hui le parc Maisonneuve, site patrimonial situé près de l’endroit où Philias Maisonneuve (1872–1940) fondait une scierie dès 1916. On y trouve une réplique en métal de la croix érigée par les premiers colons en 1912, gravée des noms des seize pionniers.⁵

Roundlake Creek / Ruisseau Lac Rond

  • Bouche – Ruisseau au Jargeau à 55°39’47.6″N 117°11’28.6″W
  • Source – 55°43’49.8″N 117°03’44.2″W
  • GNBC – Non reconnu
  1. Le Ruisseau Lac Rond à son étendue maximale le long du chemin de rang 213 (Juil. 2024).
  2. Le ruisseau un mille à l’est de l’ancien presbytère Saint-Jean-Baptiste, près du chemin de township 774 (Juil. 2024).
  3. Près de la source actuelle du ruisseau, désormais réduit (Juil. 2024).
  4. Carte de classification des terres montrant l’écoulement du Ruisseau Lac Rond avant son détournement. (1929).

Le Ruisseau Lac Rond est aujourd’hui un cours d’eau non reconnu qui s’étend sur environ 15 km avant de rejoindre le Ruisseau au Jargeau, dont une grande partie du tracé a été détournée. Il reçoit les eaux du drainage Est de Falher et en constitue en partie le lit, ce drainage desservant les champs sujets aux inondations directement au sud-est de Falher. Bien qu’il ne fasse qu’un à trois pieds de profondeur et que ses berges soient bien définies à certains endroits, H. W. Selby rapporte en 1909 que « sans des travaux considérables, il serait impossible de construire une route pour wagons le long du sentier d’hiver à l’ouest du Ruisseau Lac Rond, car les terrains basses couvertes de saules, qui s’écoulent vers le nord et sont vastes, retiennent l’eau jusqu’à tard dans la saison. »³

Le ruisseau tire son nom du Lac Rond (Kimiwan), car avant le creusage du canal du lac Kimiwan, il assurait le drainage à la fois des lacs Kimiwan et Rat. Après la période initiale de colonisation, et avec la construction de nombreux drainages, le nom est rapidement tombé en oubli, tant dans l’usage courant que dans les documents officiels, au point qu’on le considère souvent comme un prolongement du Ruisseau au Jargeau. Par exemple, André Boulet construisit un barrage sur le quart sud-ouest du township 77, rang 20, à l’ouest du cinquième méridien en 1938, et les plans désignent alors ce site comme situé sur le Ruisseau au Jargeau, et non Lac Rond.

Notes

  1. Selon les communications orales de Cécile (née Lanctôt) Brulotte, confirmées lors d’une entrevue avec Yvette (née Couillard) Charest. Voir : Project de Recherche Historique Francophone Collection (1989), Cassette no 2 – Yvette Charest.
  2. Pour le témoignage de Selby, voir : Canada Department of the Interior (Topographical Surveys Branch), Description of Surveyed Townships in the Peace River District in the Provinces of Alberta and British Columbia, 3ᵉ édition (1913), p. 120 ; pour celui de Brown, voir Ibid., p. 133.
  3. Dept. Int., Description of Surveyed Townships in the Peace River District (1913), p. 118.
  4. Jean Pariseau, Les contes de mon patelin (Éditions des Plaines, 1985).
  5. Marie Cimon-Beaupré, ed., Leurs rêves, nos mémoires (1979).